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Tout bon scénariste qui se respecte a un PM dans ses tiroirs. Un Projet Maudit.

Un PM, quoi.

Parler du PM est souvent très douloureux pour le scénariste. Car bien souvent, c’est un projet cher à son coeur, sur un sujet qui lui prend les tripes et qu’il maîtrise à fond (les papous de Nouvelle-Guinée, la vie trépidante des contrôleurs des impôts), voire lui sert de thérapie (“mon divorce”, “la mort de mon poisson rouge“, etc…). Comme il y a mis tout son coeur, le PM présente souvent un réel potentiel dramaturgique, du moins émotionnel, et il a naturellement attiré l’intérêt d’un décideur.

C’est après que ça s’est gâté.

Le PM a été optionné 3 fois, sur 4 années, par 3 producteurs différents, qui l’ont fait retravailler 13 fois en tout. Il est passé d’un format de 6×52 à celui de simple unitaire. Il a été lu par 3 chaînes, et par six conseillers de programme, qui l’ont, eux aussi, fait retravailler dans l’hypothétique espoir d’une signature. Entre deux, les conseillers ont été virés, sont partis, sont morts. Et d’autres ont lu le PM, qu’ils ont trouvé for-mi-dable ! Mais heu… ça serait possible de traiter la mort du poisson rouge en thriller ? On a justement une case “suspens” qui vient de s’ouvrir…

Comble de malchance, au moment où même où le diffuseur est satisfait du retravail, il annonce au scénariste que : écoute là, avec la suppression de la pub, on ne va pas pouvoir signer, mais peut-être que dans 2012… 

Parfois, chose miraculeuse, le PM a été signé… mais l’écriture s’est embourbée dans les méandres des lignes éditoriales. On ne comprend pas bien la psychologie du poisson rouge…  Et si on faisait un duo de papous ? Mais oui, c’est ça la solution ! Je vois déjà le titre : « Two papous” !

Et le PM est tombé dans une oubliette sans fond. Parfois, un producteur a extirpé le PM de l’oubli, alors qu’on l’avait laissé dormir dans un tiroir depuis plusieurs années. Quoi ? Tu as un projet sur les papous de Nouvelle-Guinée !!!! J’ad-do-re ! Fais-moi lire ça tout de suite ! France 3 m’a arrêté une série, ils me doivent un retour d’ascenseur, demain c’est vendu !

Seulement demain on rase gratis…

Le PM ne se fera jamais. Il est maudit. Une vilaine fée s’est penchée sur son berceau quand il était petit pitch… 

Ainsi va la vie de scénariste.

 

Pour ceux que ça intéresse, dans un prochain post, j’expliquerai comment se désenvoûter soi-même sans marabout, en buvant du lait d’anesse un soir de pleine lune à 3h du matin nu devant le siège de TF1… 

Mogwaï est un génie.

C’est normal, c’est mon fils, je suis forcément très objective. Après sa crise de boulimie livresque (cf On lit ! On lit ! lit !), après le plébiscite des histoires « qu’on invente » (cf Cinq minutes de non-création please), voilà qu’il franchit un nouveau cap, qu’il prend son envol créatif : il raconte ses propres histoires.

Ça n’a l’air de rien comme ça, mais à l’âge où ses petits copains marmonnent des onomatopées inintelligibles, Mogwaï, 2 ans et 4 mois, exprime un véritable don dramaturgique. Jugez plutôt.

Je sors tranquillement mes poubelles, laissant Mogwaï en pleine lecture des aventures de Samsam. Lorsque je reviens, j’entends Mogwaï discuter à voix haute. Tiens, me dis-je, il parle tout seul, il a hérité de mes gènes de dingue, le pauvre bonhomme. Tendant un peu plus l’oreille, je comprends qu’il parle en réalité à Monsieur Lapin, son vieux doudou miteux-baveux. Et que lui raconte-t-il ? A peu près ceci :

« La tite fille, la vole dans le ciel. Oh ! Ké cé ça ? Braoum ! Oh c’est l’orage ! Oh A plu lumière ! Cadabra ! La sorcière la décolle sur le balais. Bonjour tite fille, ça va ? Oui ! La tite fille, la va danser la salsa avec le ti camion-poubelle dans le narbre. La pris la tronçonneuse ? Au revoir Sorcière ! »

J.J. Abrams peut aller se rhabiller. Mon fils est un génie.

2 ans et 4 mois, et il a déjà assimilé le protagoniste, l’obstacle, l’adjuvant, l’objectif et la résolution ! Et quel sens du suspens ! Quel sens de l’image ! Sans parler du dialogue ! «Bonjour tite fille, ça va ? » M’est arrivé de voir à peine mieux dans certains scénarios de vrais scénaristes.

Je suis sûre qu’à son âge, Mozart en était encore à différencier péniblement le blanc du noir, que Newton machouillait sa compote de pommes d’un air idiot, que Léonard de Vinci commençait à peine à gribouiller le portrait sa nounou à grands coups de feutres lavables. J’en pleure tellement je suis fière.

Je m’approche doucement. « Ça va mon Mogwaï ? Tu racontes des histoires à Mr lapin ? » Mogwaï me fixe comme si j’étais une débile mentale. « Ben oui ! » « C’est super mon cœur. Tu feras ça comme métier plus tard ? Tu raconteras des histoires ? » Mogwaï réfléchit. « Nooon. » « Ah bon ? Qu’est-ce que tu feras alors ? »

Mogwaï sourit. « Camion-poubelle ! »    

 

Ce post est dédié à petit pommier, tout nouveau papa. Révise tes classiques de dragons et d’enchanteurs, tu en auras bientôt besoin ;-) Welcome dans ce monde de fous, little Arthur

Petit guide de décodage à l’usage du jeune scénariste Jedi :  

 

Décoder un scénariste : 

« Je me suis barré à la V2 » = « Je me suis fait virer à la V2 »

« On a eu un petit différend sur le texte avec la productrice » = « J’ai failli lui casser la tête à cette conne ! »

« Quoi ? France 2 a arrêté ta série ?! Ah mon pôôôvre, c’est dégueulasse ! » = « Ouais, génial, une place de libre le vendredi soir ! »

« En ce moment, je travaille sur une série sympa » = « Je fais de l’alimentaire, j’ai des impôts à payer »

 

Décoder un producteur :

« Je suis ta carrière depuis trèèès longtemps ! » = « Ton agent vient de me filer tes coordonnées, ça tombe bien, j’ai un PP* à te caser »

« On a malheureusement dû se séparer d’Amanda » = « Amanda a été virée »

« C’est un projet heu… trèèès original » = « J’hésite, j’appelle l’HP ou la sécurité ? »

« Le succès de cette fiction est surtout dû aux qualités du texte et au merveilleux travail des scénaristes » = « faut les ménager, ils bossent sur la saison 2 » ou « je couche avec l’un des auteurs »

“Et alors… ça parle de quoi ton projet ?” = “Tiens, ça fait un moment que j’ai pas piqué une bonne idée” 

 

Décoder un diffuseur :

« On ne sent pas assez les personnages »  ou « il faut verrouiller les enjeux » = « je suis incompétent, mais faut bien que je dise quelque chose »

« C’est un projet trop anxiogène » = « je me demande s’il se rend compte que je dis n’importe quoi… »

 

Toi aussi, tu as plein d’exemples à partager avec les jeunes Jedi ? Alors n’hésite pas !…

 

* Plan Pourri (le PP méritera un post à lui seul)

 

21h30 : Bonsoir ! Il vous reste du champagne ? Vous êtes producteurs ? Génial, et vous produisez quoi ?

 

22h15 : Non, c’est diingue ! Figure-toi que j’ai justement un projet de série sur les femmes ! Tu te rends compte, la coïncidence ?! C’est un groupe de copines qui sont strip-teaseuses et qui cherchent l’amour de leur vie. Une sorte de Friends en boîte de nuit, quoi !

 

23h30 : Attends ce truc c’était nase ! Aucun rythme, des acteurs à chier… Ah ? C’est toi qui l’a produit ? Ah ouais… ouais… En même temps, t’as dû avoir des contraintes de production de malade, non ? Excuse-moi, y a mon portable qui vibre, ça me chatouille, je décroche et je reviens hein ?

 

Minuit 10 (avec un pote) : Dis-donc tu l’as vu cette salope de Sophie ? Attends, elle a les seins qui débordent, pire que la Seine en crue ! Ouais enfin t’emballe pas, ils sont faux. En tout cas, je comprends comment elle vend ses projets, elle. Saaaalope ! Moi au moins, j’ai la classe.

 

Minuit 30 : ‘rrrêêêête Arnaud, j’te rappelle que je suis mariée ! ouais ouais, c’est ça, et arrête de me baire foire, heu de m’ faire boire…

 

1h15 : Crise de la fiction française, mon cul ! Vas-y aboule la bouteille !  Qui c’est qui dit que les scénaristes français ont… ont pas d’idées ! Les diffuseurs sont des couilles molles, c’est tout ! Ouais des coui-lleuhs moll-euhs ! nan, sauf toi Roselyne. Ben naaan, t’es une femme…

 

2h15 (retour dans la voiture) : Naaannn, je peux pas…hips… fermer la fenêtre hips Z’amour… Sinon, je vais vomir… Ah naaaan, pas dans un plastique, tu me prends pour hips qui ? J’ai la classe, moi.

 

* Lise est mon agent and I love her ! Pour les néophytes, elle est aussi l’agent de la moitié des scénaristes de Paris, et ses soirées sont aussi réputées que celles de l’Ambassadeur… 

 

Voici venu le printemps, le soleil, le renouveau. L’heure est à l’amour et aux déclarations enflammées… Impôts, Agessa, autant de noms qui sonnent à l’oreille du scénariste comme une promesse… celle d’un redressement fiscal, s’il ne sacrifie pas une demi-journée pour les remplir !

L’ennui, c’est qu’en général (je ne connais qu’une exception à la règle, petit pommier, si tu me lis) quand on est scénariste, on est plutôt doué en lettres, rarement en math.

 

Rheu rheu rheu… je souffre. Alors là, les droits d’auteurs bruts, là le net fiscal… mais attention, là c’est le net « hors TVA » qu’on te demande. ‘tain, mais elle est où cette X@#%!!!x de TVA ? J’enrage intérieurement. Elles sont quand même hyper mal fichues les fiches de paye d’Alma !

« Maman ? Tu travailles maman ? » tente Mogwaï, histoire de me déconcentrer un peu plus.

‘tain fais chier, j’ai perdu mon récapitulatif de SACD.

 

Z’amour se pointe, avec ses propres déclarations. 5 en math au Bac, encore plus nul que moi. Innocent. « Heu, tu veux pas jeter un œil là, je comprends pas tout… »

Rhhha l’enfer sur Terre. « T’as oublié tes salaires de dir de coll. Faut me les donner à part pour les impôts, ça rentre pas dans le calcul du 100 bis. »

 

Dire que je pourrais être tranquille peinarde à faire la sieste dans mon hamac…

Bilan 2007 tout de même satisfaisant : deux épisodes et demi de 52’, deux options sur des projets persos + des droits de diff non négligeables.

 

Un chose me titille pourtant. Cet argent, durement gagné à la sueur de mes neurones… bordel, mais où est-il passé ?!

 

* hommage à Desproges écrivant au Trésor public : « Cher Trésor… » Pierre, if you hear me, where you are, I love you !   

Tandis que je travaille comme une malade sur un scénario, que mes neurones surchauffent, frôlant dangereusement l’incident nucléaire cérébral, voilà le truc qui me tient compagnie…

 

 

Ok, je crois que mon chat est dangereusement anti-social.

 

Sorry pour la vidéo pourrave, mais bon je suis scénariste, pas Steven Spielberg, hein !

Le premier qui dit que mon chat est obèse est un mufle. 

Me voilà avec une belle patate chaude, celle que Maman Tétard, alias Tétarologue, m’a gentiment filée. La patate consiste à raconter six trucs sans importance sur moi, donc je me lance :

 

1-    J’habite à la cambrousse. Vouais, à l’heure où toutes les boîtes de prod sont concentrées dans Paris et sa petite ceinture abdominale, j’habite à 80 bornes. Alors j’avoue, je suis accroc au vert. Je plante mes tomates, mes courgettes, mes fleurs, et quand j’ai les nerfs ou une grosse crise d’angoisse, j’attrape ma tondeuse et je Marie-Antoinettise mon gazon comme une malade.

 

2-    J’aurais voulu être une chanteeeeuuuuussse !!! J’ai pris 5 ans de cours de chant, j’ai écrit des chansons, mais ben voilà j’ai fait une croix là-dessus. Plus le temps. Je continue à hurler sous ma douche, dans ma caisse, et je me transforme en furie devant la Nouvelle Star… si c pas malheureux ! (c’est malheureux de cautionner cette émission qui rentre dans les « quotas de création audiovisuelle » et qui coûte trois fois moins cher qu’un téléfilm à produire… je scie la branche sur laquelle je suis assise !)

 

3-     J’ai fait du foot en club quand j’étais petite. J’ai mis deux buts dans ma carrière, dont un contre mon camp.

 

4-    J’aurai rêvé d’écrire « Weeds ». J’aime la Comédie avec un grand C, l’humour noir, les trucs politiquement incorrects.

 

5-    J’ai l’air bien élevée comme ça, mais je dis « putain » toutes les deux phrases.

 

6-    Je suis fascinée par les serial killer mais incapable d’assassiner ne serait-ce qu’une mouche, même pas une petite fourmi. Une fois j’ai fait 5 bornes en voiture pour aller porter un oiseau agonisant à un type d’une asso pour qu’il essaie de faire quelque chose pour lui (bon d’accord, j’étais enceinte, les hormones…)

 

PS : j’adorerais envoyer cette patate à 6 personnes, mais je connais pas personnellement 6 personnes qui ont un blog… Ah la grosse nase ! Je l’envoie juste à mon Philou alors, qui, comme ça, aura enfin l’adresse de mon blog…à Cédric, scénariste blogeur lui-aussi, et à Anne et Krichou, because I love them !

Il y a quelques semaines, je me lamentais lamentablement sur la torture journalière infligée par Mogwaï, qui consistait à devoir lui lire la totalité des écrits qui lui tombaient sous la main, y compris l’intégrale du Télérama de la semaine et l’annuaire téléphonique (cf On lit ! On lit ! On lit !) Et bien aujourd’hui, je peux vous assurer que je suis au bord du suicide, au fond du gouffre sans fond de la créativité littéraire, prête à enterrer tous mes stylos, toutes mes idées, et même mon imac chéri au fond de mon jardin (en espérant que ça fasse pousser mes tomates) en échange de cinq minutes de non-création littéraire

Ben oui, j’aurais dû m’y attendre. Mogwaï ne veut plus qu’on lui lise des livres, il exige désormais qu’on invente des histoires, spécialement pour lui…

 « Maman va l’inventer », déclare-t-il de sa petite voix innocente. Et de suggérer : “Trotro et le chat”, “Samsam et le dentifrice”, et autres superhéros en proie à de cruels dilemmes métaphysiques. Bon, j’arrive bien à ouvrir un peu son horizon en lui proposant des « Trotro et le contrôleur fiscal », « Samsam et les méchants monstres de TF1 », histoire de recycler un tout petit peu ma vraie vie si futile, mais il n’empêche : au bout de 10 heures de taf, mes neurones sont parfois complètement grillés.  Mogwaï ne m’en tient pourtant pas rigueur puisqu’il déclare 9 fois sur 10 que “c’était très belle histoire”, même quand la sorcière Ophélia a mis moins d’une minute à retrouver Negrito, son petit chat, parti boire des Tequilas avec Marcel la taupe.

Me voilà donc au boulot 24h sur 24 à bâtir des intrigues, structurer des séquences, trouver des cliffs de la mort qui tuent, des rebondissements, des obstacles, des antagonistes, des formules magiques (super dur ça !), des deus ex machina et des lapins sortis du chapeau. Tout ça pour quoi ? Pas un rond bien sûr, mais pour l’éternelle reconnaissance, l’immuable amour filial que je lis, tous les soirs dès 18 heures jusqu’à ce que j’éteigne la lumière, dans les yeux de Mogwaï…

Bon d’accord, j’arrête de me plaindre…