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Demain, je pars enfin en vacances.
Déjà trois semaines que Mogwaï, Z’amour et moi sommes dans les starting blocks. A donf.
Direction : le paradis. Une presqu’île presque déserte, une forêt de landes, des vélos, le bruit des vagues, une maison chaleureuse, des copains pour nous y tenir compagnie, des apéros sous les étoiles. What else ?
La scénariste que je suis ne peux pourtant s’empêcher d’être un peu anxieuse. Et si la maison s’avérait infestée de cafard et bruyante ? Et si nos potes annulaient à la dernière minute ? Et s’il faisait moche comme tout ? Et si les moustiques nous bouffaient pendant l’apéro ? Et si Mogwaï attrapait la varicelle ? Et si je me cassais une main en faisant du vélo ? Et si ?… bref… Non, la vie de scénariste n’est pas de tout repos…
Et bien sûr, pas question de partir sans un bon vieux portable sous le coude. Ben oui, passé les trois premiers jours et leur effet relaxant, la thérapie se retournerait bien vite contre moi. Un mois entier sans écrire ! Rhaaa l’horreur ! Me voilà donc, projetant de finir le plan de mon roman à l’ombre d’un pin centenaire, dans la douce chaleur de l’après-midi (à l’heure où le fauve Mogwaï fait sa sieste).
Et promis, je reviendrai vous dire si tout cela n’était qu’un rêve… ou bien mieux !
D’ici là, bonnes vacances à tous !
Tu es ma came,
Ma toxique, ma volupté suprême,
Mon rendez vous chéri et mon abîme
Tu fais rire au plus doux de mon âme
Tu es ma came
Tu es mon genre de délice, de programme
Je t’aspire, je t’expire et je me pâme
Je t’attends comme on attend la manne
Tu es ma came
J’aime tes yeux, tes cheveux, ton arôme
Viens donc la que je te goûte que je te fume
Tu es mon bel amour, mon anagramme
Tu es ma came
Plus mortelle que l’héroïne afghane
Plus dangereux que la blanche colombienne
Tu es ma solution à mon doux problème
Tu es ma came
A toi tous mes soupirs, mes poèmes
Pour toi toutes mes prières c’est la lune
A toi ma disgrâce et ma fortune
tu es ma came
Quand tu pars c’est l’enfer et ses flamme
toute ma vie, toute ma peau te réclame
on dirait que tu coules dans mes veines
je te veux jusqu’à en vendre l’âme
à tes pieds je dépose mes armes
Tu es ma came
Tu es ma came
Oh putain le bad trip…
La coke est pas terrible cette année, non ?
Le monde des scénaristes se divisent en deux.
D’un côté la « vieille » génération, qui a tapé ses premiers scénarios sur une bonne vieille Remington, à deux doigts, le papier correcteur à la main, en priant Dieu et ses saints que les tiges ne s’emmêlent pas trop, et n’aillent pas lamentablement mourir en un pâté d’encre immonde. De l’autre, la « très jeune » génération, celle qui est née avec un clavier d’ordinateur sans fil greffé aux appendices manuels.
Les premiers se repèrent facilement. Ce sont eux que la Ligue des Droits du Clavier dénonce sans relâche pour mauvais traitement, vu qu’ils tapent comme des malades, que dis-je, comme des bûcherons, bref comme si leur vie en dépendait, sur les touches délicates de leur macbook (toujours à deux doigts, off course).
Les seconds se repèrent aussi facilement. Ils ont un i-phone vissé à l’oreille, manient Final Draft comme personne et connaissent déjà l’intégralité des composants et la date de sortie des prochains notebook de chez Asus ou MSI, vu qu’ils ont acheté l’ancienne version il y a juste un mois mais qu’elle est déjà obsolète.
Vous aurez compris, Plume navigue entre deux eaux. Fascinée par les technologies modernes qui font qu’un dir de coll peut quasiment recevoir votre scénario en temps réel sur son i-phone, effrayée par l’idée qu’il faudra bientôt me maquiller tous les jours, dès lors que je skyperais avec mes co-auteurs, mes producteurs ou mon agent, sous peine de leur causer des attaques lorsqu’ils verront en direct ma tête de zombie anémique.
La plupart des scénaristes naviguent, comme moi, entre deux eaux. Mais, il faut bien l’avouer, beaucoup sont des « geek men ». Et néanmoins, on rencontre parfois des ovnis…
Réunion de travail avec mes co-auteurs. Nous accueillons gentiment un nouveau venu, dont les cheveux blancs, l’allure, et la distinction (d’une autre époque) nous font pourtant nous demander à quel siècle il appartient. Notre productrice nous apprend que Robert a un cv long comme le bras. Nous regardons avec respect et curiosité ce vénérable ancêtre qui a dû écrire des tonnes de Thierry la Fronde et de Châteauvallons. Mais bon, on a quand même envie de lui dire qu’à son âge, il devrait profiter de la retraite, aller planter des choux ou des topinambours, que « travailler plus » c’est bien beau, mais qu’à un moment faut aussi savoir « travailler moins pour s’arrêter plus ».
Robert nous explique gentiment qu’il n’a pas Internet (pas pratique) ni de téléphone portable d’ailleurs (pas nécessaire). Nous n’osons pas lui demander s’il a un ordinateur pour taper ses scénarios. Peut-être qu’il les écrit à la plume, éclairé d’une simple et écologique bougie ? Je vois la tête de notre directeur d’écriture s’allonger à vue d’œil. C’est que ça va être commode pour les rendus de textes…
Je rentre chez moi, sarcastique, ironique, prête à raconter l’anecdote à tous mes potes scénaristes. Un petit mail du soir (espoir), tiens…
Merde. Panne d’électricité.
Plus d’Internet, plus d’ordinateur, plus de téléphone. Plus de portable non plus, il est déchargé ! Fuck, j’ai un texte à rendre pour demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne.
EDF m’a tuer… C’est Robert qui doit rigoler.
La prochaine fois, faudra que je pense à lui emprunter une plume ou deux et du parchemin…
