J’ai 32 ans et depuis 32 ans, je lutte contre une évidence qui me bouffe la vie : je ne fais pas mon âge.

 

Contrairement à ce que beaucoup de femmes clament bien fort, faire plus jeune que son âge s’avère souvent handicapant dans le monde cruel de la télé. Si vous avez l’air d’une jeunette, vous êtes vite estampillée « scénariste qui n’a rien vécu » (un truc terrible pour quiconque se targue de créer des personnages forts et crédibles), « trop jeune pour qu’on lui confie un truc important », j’en passe et sûrement de meilleures.

 

A mes tous débuts (j’étais effectivement « jeune ») je faisais le dos rond quand une comédienne connue me découvrait en réunion et s’écriait « oh mais c’est un bébé ! » Aujourd’hui, j’avoue que je déploie une énergie folle à essayer de me vieillir, par tous les moyens possibles et imaginables.

 

Ce matin, j’ai rendez-vous dans une prod. Comme à mon habitude, telle Wonderwoman enfilant son costume de justicière, j’enfile donc mon costume de « femme femme » jupe, chemisier, talons, j’applique un maquillage soigneux, je relève mes cheveux, je mets mes lunettes même si j’en ai pas besoin, et abandonne mes éternels converses (so confortable !) et mon sac Eastpack (qui m’a valu de rester bloquée une demi-heure l’autre jour à l’entrée de France 2 en compagnie de deux charmants videurs qui se demandaient ce que je fichais là au lieu d’être en cours). Ma transformation est telle que parfois Z’amour sursaute quand il me voit débouler ainsi au petit dèj, se demandant une fraction de seconde s’il a bien passé la nuit avec celle qu’il a épousé. Voui voui, c’est bien moi, j’ai-32-ans-je-suis-solide-comme-un-roc-je-suis-hyper-mature-allez-y-signez-en-bas-du-contrat.

 

Je suis en avance, je vais prendre un café. Une serveuse affable m’accueille d’un « Bonjour Mademoiselle !» qui me tire une grimace. Ok baby, tout va bien. J’ai 32 ans, je suis mariée, j’ai un môme, j’ai vécu des tas de truc. Vas-y respire.

 

Mon portable sonne : un renvoi d’appel de mon téléphone fixe. Allô ? « Bonjour » entonne une voix féminine qui semble parler à une débile mentale « tu peux me passer ta maman ? » Oh putain. Le coup bas. Je mets ma main devant le combiné, me râcle la gorge et reprend la pouffiasse. « C’est pour quoi ? reprends-je avec la voix de Dark Vador.

 

J’expédie la pouff, et monte chez mon futur nouveau producteur. La secrétaire m’accueille avec circonspection d’un aimable : « vous êtes la nouvelle stagiaire ? » Zen, Plume, zen. Tu vas pas la tuer, ça va faire mauvais genre sur la moquette de l’entrée.

 

Quelques instants plus tard, mon futur producteur me dévisage en souriant. Il se précipite illico sur mon cv papier, posé sur son bureau. « Vous avez quel âge d’ailleurs ? » lâche-t-il nonchalamment. 32 ans, putain de merde. Non j’ai pas spécialement envie de bosser sur une série d’ado, et oui j’ai aussi écrit des polars glauques et sophistiqués. Je sais, « on dirait pas comme ça ». ’tain c’est pas vrai, si je lui dis que j’ai des relations sexuelles, il va appeler la brigade des mineurs.

 

Je sors exténuée psychologiquement. Je m’engouffre dans le métro. Une jeune femme distribue des tracts ; elle m’en tend un qui me fait sortir les yeux de la tête : « tu as un BEP ? Un CAP ? Un Bac pro ? Tu as moins de 20 ans ? Toi aussi, mise sur un métier d’avenir : la RATP ».

 

Dire qu’il y a plein de foldingues qui se font piquouzer au botox tous les jours…

 

Vivement que j’ai mes premières rides.