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Petit déjeuner avec Mogwaï. Nicolas Demorand et Roselyne Bachelot en fond sonore.

J’ai rebooté avec peine mon cerveau qui fonctionne en mode éco.

 

-Tu veux une tartine Mogwaï ?

 

Imperturbable, Roselyne évoque son projet de loi de modernisation du système de santé. Mogwaï, concentré, fait voler en l’air un bout de banane.

 

- C’est Ophélia la sorcière avec ses cheveux poilus qui arrive sur son balais …

 

Je renonce à ma mission nourricière. 

Soudain Roselyne lâche la phrase fatidique.

 

- “Et le projet inclut l’interdiction des open bar…” 

 

Mon cerveau se réveille d’un coup.

 

- Quoi ?! Ah non Roselyne, tu peux pas faire ça ! Comment on fera à Scénaristes en séries ? Tu peux pas interdire les open bars !

 

Mogwaï me relaye, outré.

 

- Tais-toi la dame ! Tu peux pas terdire les lopanbars ! 

 

Roselyne se tait. Mogwaï, ravi que sa diatribe ait porté, me sourit de toutes ses dents (10 et demi).

 

- Méchante la dame ! La dame lé au coin ! 

 

Il prend un temps de réflexion. Je prie, en vain, pour que la question fatidique ne sorte pas… 

 

- C’est quoi lopanbar ?

 

Et merde. Bon après tout, faut bien lui apprendre la vie.

 

-C’est quand les gens boivent de l’alcool, mon coeur.

-C’est de la bière ?

 

Boudiou. Il a drôlement bien retenu son dernier cours d’oenologie.

 

-Euh oui, si on veut.

-Quand je serai grand, je pourra lopanbar ?

 

Gloups. Images de Mogwaï avalant d’un trait une tequila frappée. 

 

Dieu sait que ça me coûte de dire ça mais…

Vas-y Roselyne ! Tu vas tous les niquer !!!

 

Tibidip… Tibidip…Tibidip…

Meuhkeskicepass… ahouaismerderéveil….tagueuleréveil….

Tibidip…Tibidip…

Shlaaaak !

Lundi 20 octobre 7.25 am

Salle de bain

‘tain, c’est qui cette meuf dans le miroir ?

 

 

 

 

 

 

Eh c’est pas drôle ! Je suis où moi ? Plume ?? Pluuuuume ?!!!!

Et poukoi y a David Bowie en fond sonore ?

Oh non.

J’ai compris, je suis dans le coma éthylique et tout ceci est une création mentale de mon moi. Laurent Perrier m’a tiré dessus !

Mais je vais pas mourir, c’est pas mon genre ! Mogwaï a besoin de moi. Il faut que je retourne dans la réalité… Mogwaïïï !!!!!

Flash.

Boîte de nuit Aix les Bains.

« Billie Jean is not my lover

She’s just a girl who claims that I am the one

But the kid is not my son »

 

‘tain je suis de retour dans les années 80 ! Au secours !!!! Mogwaïïïï !!!!!!!

Ouf j’ai encore mon portable. Je peux communiquer avec le monde extérieur.

 

- Allô ? Laurent Perrier ? Je te préviens, euh… je vais te mettre en tôle et je vais retourner dans ma vie, j’ai pas l’intention de rester coincée là pendant 7 ans !

- Ah non madame, ici c’est le service informatique.

- Merde, mon cerveau est out of order. Reboot the brain… reboot the brain bordel !

- Vous avez essayé de l’éteindre et de le rallumer ?

 

Dans mon village, on a un sport national. On appelle ça « les Monstres » (rapport sûrement à ce que ça a de monstrueux pour les pauvres citadins que vous êtes).

Le principe est simple. Deux fois par an, chacun entasse pêle-mêle sur le trottoir les vieilleries dont il ne veut plus, jusqu’à ce qu’un gros camion poubelle passe et embarque le tout dans son ventre d’acier. Jusque là, rien de bien original vous me direz. Ailleurs, on appelle ça les « encombrants » et il n’est guère question d’un quelconque sport là-dedans.

Sauf que chez nous, tout se joue entre le moment où les vieux trucs sont abandonnés sur le trottoir et l’arrivée du camion : on appelle ça « faire les monstres ». Traduction : récupérer le plus de vieilles merdes possibles et imaginables avant l’arrivée du camion poubelle.

Avec ma copine Karine, on ne rate aucun monstre. On en profite un max avant que la municipalité vire total écolo et qu’elle supprime cette vénérable institution, because il faudra aller proprement vider ses ordures à la déchetterie. C’est vrai que la déchetterie, c’est mieux. Sauf que le méchant cerbère de l’entrée, il veut pas que Karine et moi on fouille ses bacs à ordures comme ça, rapport au petit trafic qu’il a instauré avec pleins de gens peu recommandables. Du coup, un jour c’est sûr, on sera privées de vieilles merdes.

Ok, je vois déjà vos têtes ahuries. Quoi, Plume, tu FAIS LES POUBELLES ??!! Mince, attends, on savait pas, on va se cotiser…

Taratata. C’est gentil, mais je n’ai pas encore besoin de casser le livret A de Mogwaï. Non, faire les monstres, c’est surtout un pur sport de bobos (gent féminine, je précise).

Le challenge, c’est de repérer les trucs en super état que les gens jettent parce-que-ça-fait-trente-ans-qu’ils-l’ont-sous-les-yeux et qu’ils ont la flemme de le vendre ou même de chercher à le donner. Et alors là, clac ! On se rue dessus, on le met dans sa cariole, ou dans son sac à dos, ou sous son bras, et on est content. Pourquoi ? Ben, juste parce qu’on a œuvré à quelque chose de Beau et de Grand par ce geste d’anti-consommation primaire. Et accessoirement parce qu’on n’a pas déboursé un centime pour un truc dont, normalement, on aura l’usage.

Quand je dis « sport national », je n’exagère pas. J’en connais qui sont hyper forts : ils font carrément leur shopping aux Monstres, et zou ! Ils revendent sur e-bay ou aux vides-greniers. 100% de bénéfices ! Une véritable économie parallèle.

Le hic, c’est que beaucoup de gens, chez nous, font dans l’économie parallèle. A commencer par les ferrailleurs qui tournent comme des vautours toute la journée pour récupérer les bouts de métal en tout genre.

Parfois le « troc » se fait poliment. Exemple avec Madame Michaux qui sort ses vieilles gouttières pourries sur le trottoir. Un couple s’arrête en voiture et lui demande gentiment s’il peut embarquer ses vieilles gouttières pourries. Madame Michaux les lui donne de bon cœur, trop heureuse de se débarrasser de ces vieux trucs immondes qui traînaient au fond de son jardin.

Mais parfois, ça figth grave. Exemple hier. Avec Karine, on fait la tournée du village, mirettes  grandes ouvertes sur les tas de merdes qui nous entourent. Ouaaaah ! s’exclame Karine y en a plein aujourd’hui ! (Oui euh on a bu un ‘tit punch avant de partir pour se donner du baume au cœur).

J’avise alors un somptueux petit lit en métal, format poupées, juste un peu rouillé. Avec un petit décapage et une nouvelle peinture, Mogwaï sera ravi d’y mettre ses nounours…

Schlach ! Un blaireau de ferrailleur me le choure sous le nez ! Je vois rouge.

 

-Dis-donc môssieur, je l’avais vu avant toi je te ferais dire.

-Hein ?

-Le berceau là. Je l’avais vu d’abord.

-C’est vrai, appuie Karine, elle l’avait vu d’abord, monsieur.

-C’est ça.

 

Malpoli.

 

-T’as pas honte de voler le jouet d’un enfant ?

-Ben, c’est qu’un bout de ferraille.

 

Poète en plus.

 

-T’en as plein dans ton camion, sois cool.

-C’est vrai, soit cool, monsieur, rajoute Karine.

-Eh on n’est pas à Wall Street. C’est mon bout de ferraille, c’est moi qui l’ai dans les mains.

 

Fuck. Salaud. 1m92, 120 kg, qu’est-ce que tu veux que je fasse moi, minuscule crevette du bitume ?

 

C’est alors qu’un papi sort de la maison. C’est lui l’ex-propriétaire du berceau qu’il a lui-même posé là en attendant le camion poubelle. Il a l’air tout frêle, papi. 1m65, 42 kg à tout casser…

Sauf qu’il tient son fusil de chasse dans les mains.

(autre sport national celui-là, rapport aux sangliers dans la forêt, mais c’est une autre histoire). Papi fait un discret signe au ferrailleur avec le dit fusil.

 

-Ce bout de ferraille est le berceau qui m’a vu naître, ducon. C’est moi qui décide à qui je le donne. Et je le donne à la dame. 

 

Bizarrement, le ferrailleur me tend aussitôt le berceau.

 

Karine et moi, on a remercié le papi vite fait et on s’est barrées en courant dès le coin de la rue franchi. Après on a explosées de rire, rapport à la tête de Ducon ferrailleur et du ’tit punch qu’on s’était enfilé avant de partir…

 

Mais après, on s’est dit que c’était peut-être mieux de passer à l’écologie quand même…               

                          “Lever de soleil sur les jardins de Nagasaki”   

 

 

                                            

                       “Impression volatile d’une brume d’automne éphémère “

 

 

                                                                                                           

                                “Dans la tourmente de Wall street”  

 

 

                                                              

                                          “Monochromie verte”  

 

 

                                     “Fraternité des peuples”    

 

 

               ”Les petits poissons daaans l’eau, nageuh nageuh nageuh nageuh na-geuh”