En ce moment, j’écris avec Maman Grenouille. On bosse la journée, mais parfois ça déborde sur le soir, because on est un peu perfectionnistes et on adore sodomiser les coléoptères. Tranche de vie de deux mamans co-auteurs wonderwomen :

- Allô Maman Grenouille ? C’est Plume, ça va ?

- Ouais, je suis avec Tétard et Mini-Troll mais vas-y.

- Je vais envoyer notre texte à la productrice, et j’ai relu une dernière fois… Euh attends… Non, Mogwaï ! Tu laisses les ciseaux de maman, s’te plaît. Non, on regarde pas Samsam sur l’ordinateur, je finis un truc avec Maman Grenouille, là… Ouais ‘scuse alors je disais…

- Attends… Non Tétard ! Tu poses mini-troll par terre ! Non il sait pas voler, non. ‘Scuse Plume, tu disais ?

- Ouais, tu vas dire que je sodomise les coléoptères mais dans le deuxième épisode, Eric dit « foufoune » tu te souviens ? Je trouve que c’est un mot très féminin. Un mec dirait pas ça, je pense. Faut être précis. Attends… Mogwaï, pose ces ciseaux !

- Ouais t’as raison. Scuse… Tétard, je suis au téléphone, là !

- « Chatte ? »

- Non trop vulgaire, ça passera jamais. « Touffe ? »

- Tu trouves ça moins vulgaire ? Attends… Mogwaï, nooon ! Tu découpes pas mon chèque ! J’ai eu suffisamment de mal à l’avoir celui-là !

- (Mogwaï, répétant, innocent) Touffe, tu trouves ça vulgaire ?

Oh putain.

- C’était quoi ça ?

- Euh… Mogwaï. Oublies ça chéri, ok, maman travaille. (‘tain ton père va me tuer)

- Mini-Troll ! Non, pas les escaliers !

- Maman Grenouille ?

- Noon, Tétard ! Je t’ai déjà dit qu’il ne vole pas !

- Maman Grenouille ?

- Ouaaiiiis ?

- (gros soupir) On se rappelle, hein ?

- (gros soupir aussi) Ouais, ça sera mieux. 21h30 ?

-       Allô Plume ? C’est Bastien.

-       Bastien, j’allais t’appeler. On en est où sur le texte ?

-       Ben justement, c’est pour ça que je t’appelle. Ecoute, on est trop à la bourre, là. Jérôme a décidé de rédiger tous les séquenciers lui-même.

-       Ah ok. Donc, je suis au chômage technique ?

-       Oui. Mais euh, la bonne nouvelle c’est que la prod va vous payer quand même.

-      

-       Plume ?

-       Argh… ( mon cardiologue va encore m’engueuler)

 

Putain de bordel de merde. Ceci est un signe de l’existence de Dieu. Un producteur qui te paie pour ne rien faire. On me l’avait jamais faite celle-là.

 

1- Le départ rappelle un peu les colos de notre enfance, avec quasi toute la profession dans un unique TGV (prévoir une heure de queue pour un café au bar du TGV, et prendre sa belle valise à roulette, et pas son vieux sac de sport pourrave, ça catalogue illico dans le clan « looser »).

 

2- On peut y voir plein d’acteurs dire n’importe quoi, surtout sur scène. Genre Sophie Marceau dans son époque faste. Et on comprend pourquoi, ils ont vraiment besoin d’auteurs, c’est bon pour l’ego.

 

3- C’est l’occase de dire du mal de tous les gens qu’on n’aime pas, surtout avec les gens qu’on aime bien.

 

4- C’est l’occase de ranger les mômes au congélo et de s’offrir un vrai week-end sans couches, sans biberons, sans vomi sur l’épaule, sans « maman, j’ai fait pipi dans ma culotte ». Rien que ça, c’est énooorme.

 

5- On peut s’y faire masser gratuitement par les jolies élèves de l’école d’esthétique, même si personnellement je regrette qu’il n’y ait pas de jolis masseurs.

 

6- Dans l’Antre Infernale, au sous-sol du casino : boîte de nuit, espace VIP pour les professionnels du festival, et open bar à volonté… (c’est LE truc du festival ça à mon avis, trop fortiches les organisateurs) 

 

7- C’est donc l’occase d’attraper un diffuseur dans un coin de la dite boîte de nuit, de lui offrir un verre ou deux (gratos), et de lui pitcher en direct le super-projet-de-la-mort qu’on rêve de vendre depuis des mois.

 

8-Si ça marche pas, pas grave. Enfiler ses talons hauts, son top affriolant (sans vomi) et se déhancher lascivement sur le dance floor pour le faire changer d’avis.

 

9- Si ça marche toujours pas, reservir un verre au diffuseur, le traîner sur le dance floor, et prendre des photos compromettantes, pour exercer sur lui un odieux chantage lorsqu’il aura dessaoulé. (gniarf gniarf !)

 

10- Si ça marche toujours pas, on peut se consoler en signant des autographes aux autochtones fascinés (l’année dernière, je signais « Audrey Tautou », ça marchait du feu de Dieu)    

 

 

 *Aix les Bains. Son lac, son casino et son festival, « Scénaristes en Séries », du 17 au 19 octobre. Viendez tous !!!

 

Mogwaï a découvert le merveilleux jeu du « poukoi ? »

Il prend son petit air innocent, fait son œil de velours, et zou ! dès que je m’y attends le moins, il attaque en rafale. Ce qui donne approximativement ceci :

-       Lé où Papa ?

-       Il est parti faire des courses, mon cœur.

-       Poukoi ?

-       Parce qu’il y avait plus rien à bouf… à manger dans le frigo.

-       Poukoi ?

-       Parce qu’on avait tout mangé, pardi.

-       Poukoi ?

-       Ben… parce qu’il faut manger pour vivre, mon amour.

-       Poukoi ?

-       (arghh, suis nulle en biologie) euh… parce que tes cellules ont besoin de carburant, un peu comme la soucoupe de Samsam, tu vois ?

-       Lé où Samsam ?

Ouf, sauvée.

Du coup, la nuit, je cauchemarde. Je rêve que mes relations professionnelles ont deux ans et demi d’âge mental. Par exemple, Etienne, mon producteur.

 

-       (Moi) Là tu vois, le personnage, Eric, se dit « mince, faut absolument que je reconquière ma femme. En attendant, je vais me débrouiller pour saboter son mariage ».

-       (Etienne) Poukoi ?

-       Parce que comme ça, sa femme sera à nouveau libre, et il pourra la re-séduire.

-       Poukoi ?

-       Ben parce qu’il s’aperçoit que c’était la femme de sa vie.

-       Poukoi ?

-       Euh… parce qu’elle le comprenait, il la trouvait chiante et tout, mais en fait il était un peu maso. Et puis, elle lui faisait super bien les œufs à la coque.

-       Poukoi ?

-       Parce qu’elle les faisait cuire exactement comme il faut, et ça c’est hyper dur.

-       Poukoi ?

-       Ben parce que faut doser le poids de l’œuf et adapter en fonction les 3 minutes fatidiques. T’as jamais cuit des œufs à la coque ? 

 

Aaaah ! Réveil en sursaut ! Cœur qui palpite, je me retourne, et me rendors. Je cause avec Lise.

 

-       Lise, t’as des nouvelles de la série de Jipé. Elle se fait finalement ?

-       Poukoi ?

-       Ben parce que ça avait l’air sympa, j’aurais bien travaillé dessus.

-       Poukoi ?

-       Heu… ben pour gagner de l’argent. Tu sais, les trucs en papier bizarre avec des têtes dessus.

-       Poukoi ?

-       Je sais pas pourquoi y a des têtes bizarres dessus. C’est pour décorer. C’est vrai qu’une tête, c’est décoratif. Moi-même j’en ai une au-dessus de ma cheminée.

-       Poukoi ?

-       Parce qu’au-dessus de la porte, c’était moins joli, et puis y avait pas la place.

-       Poukoi ?

-       Ah on voit que t’es jamais venue chez moi.

-       Poukoi ?

 

Re-haaa ! Re-réveil en sursaut. Cœur qui frétille, je fais la crêpe et me rendors. Je cause à Evelyne, une chargée de programme.

 

-       Alors comme réalisateur, je voyais bien Robert, qu’est-ce que t’en penses ? Il est bien, non ?

-       Poukoi ?

-       Ben, je sais pas, il est inventif, moderne, il réfléchit à ce qu’il fait.

-       Poukoi ?

-       Ben sûrement parce qu’il a un cerveau. Remarque, pour un réal, c’est pas toujours gagné, hein ? Ah ah !

-       Poukoi ?

-       Heu, non enfin, c’était une blague, une mauvaise blague d’accord. J’avais oublié qu’on pouvait rire de tout mais pas avec n’importe qui.

-       Poukoi ?

-       Non, enfin, je veux pas dire que t’as pas d’humour Evelyne, hein ! T’en as plein de l’humour, ça se voit tout de suite sur ton visage.

-       Poukoi ?

-       Euh… parce que t’as la ride de ceux qui rigolent.

-       POUKOI ?

-       Non non, t’as pas de ride, qu’est-ce que je raconte ! Bon, on le fait ce film ?

-       Poukoi ?

 

Enfer. Enfer et damnation. Il est sept heures, je me lève. Mogwaï m’appelle.

 

-       Maman ?

-       Oui mon cœur, tu dors plus ?

-       Non, zé fait un cauchemar.

-       Oh zut alors, un cauchemar avec des monstres ?

-       Oui.

-       Moi aussi.

-       (intrigué) T’as rêvé de monstres ?

-       Si on veut.

-       Poukoi ?…

 

Je me le demande.

Il faut que je vous avoue un truc. Je censure ce blog. Mea culpa, mea maxima culpa, oui je censure impitoyablement vos commentaires.

Je sais c’est dur à entendre et j’imagine déjà vos exclamations outrées « quoi ? Plume nous censure ? » « C’est honteux ! » « Halte à la dictature blogesque » « let me write free ! » etc…

Pour comprendre ma position, voici quelques commentaires auxquels vous  avez échappé, et qui m’obligent aujourd’hui à édicter certaines règles :

 

« Chère Plume (ici mon vrai nom), je suis tombé par hasard sur ton blog qui m’a fait mourir de rire. Tu es toujours aussi spirituelle ! D’ailleurs, j’en suis venu à me demander pourquoi nous avions rompu il y a 5 ans. Non vraiment, quel dommage. Serais-tu libre pour un café ? Je t’embrasse tendrement avec tout l’empressement dont tu me sais capable. Greg ton ex dévoué »

 

Règle n°1 : Dans ce blog ici bas, jamais par mon nom tu ne m’appelleras.

 

Je suis une sournoise, une planquée, une wondermaman bien au chaud sous son masque et suffisamment de gens connaissent ma véritable identité sans qu’on aide les autres à la connaître. Non mais.

 

Par ailleurs, si vous savez qui je suis :

 

Règle numéro 2 : Ni mes mensurations, ni de détails intimes, sur moi, tu ne révèleras.

 

Parce que y a que moi qui ai le droit de vous communiquer ces infos ridicules du genre « je dors avec un nounours qui chante « over the rainbow » ». Du reste, mes mensurations sont ridicules.

 

Autre genre de commentaires » :

 

« Salut Plume, ton blog est vraiment très drôle. J’ai bien rigolé en reconnaissant cet abruti de truc (producteur) dans un de tes derniers posts. Lui en revanche a moins rigolé, je crois. Il en a même touché deux mots à machin (diffuseur). J’espère que ça ne nuira pas trop à ta carrière. Bien à toi, un ami qui te veut du bien. »

 

Règle n°3 : Les menaces directes, tu éviteras.

 

Je me fais suffisamment peur moi-même, je suis scénariste, n’oubliez pas.

 

Ou encore :

 

« Plume, laisse-moi te dire que l’éducation que tu donnes à ton enfant est juste catastrophique !!!! Quel genre de mère es-tu pour l’autoriser à faire ses besoins n’importe où ?!! (cf « glamour or not glamour »). Connais-tu ce qu’on nomme « les règles de vie sociales ?» J’en doute. Va voir un psy, espèce de malade mentale ou ton gosse finira mal, je te le prédis… »

 

Règle n°4 : Le premier degré de tout commentaire, tu banniras.

 

Je me fais pas suer sang et eau pour trouver un style et pour qu’un salaupiaud me bousille tout dans un stupide commentaire ! Triturez-vous un peu les méninges pour laisser votre sentiment au moins au 2ème ou au 3ème degré, bordel.

En outre, ce genre de premier degré moralisateur a le don (étrange) d’élever dangereusement ma tension, mon rythme cardiaque, et de me donner l’irrépressible envie de trucider tout ce qui bouge. Mon psy et mon cardiologue m’ont formellement interdit ce genre de crise aiguë, c’est donc dans un souci de santé personnelle, pour moi et ma pauvre famille, que je censure ces conseils avisés.   

 

Dès lors qu’une de ces quatre règles sera enfreinte… Schlaaaak ! Couiiiik ! Vos propos passeront de vie à trépas dans l’infini du vide interwebesque, sans larme ni remord.

Poukoi ? (comme dirait Mogwaï)

Because, c’est moi le chef, c’est mon blog, et que j’en suis le dictateur (tateuse, ça le fait moyen) unique, na. 

Ceux qui sont pas contents peuvent aller se faire cuir un œuf ou créer leur propre blog. Non mais.

Pour les autres… euh, déconnez pas les gars (et les girls), hein ? Continuez d’écrire, vous êtes formidables ! I love you guys !

And don’t forget, I write for you to have fun, not for glory.

Votre dévouée, Plume 

Mogwaï est propre.

Halleluïa ! Mazeltof ! Que la sainte patronne des culs propres soit bénie, mon fils ne met plus de couches. Il arbore désormais fièrement de magnifiques sous-vêtements, imprimés ballons de foot, en déclamant « moi ze mets des slips ! » Pampers et ses 19 euros le paquet peut aller se faire cuire un œuf. Mogwaï est propre.

En contrepartie, il nous fait désormais ses besoins dans un pot en plastique, imprimé Winnie l’ourson. Et le hic, c’est qu’il refuse absolument d’utiliser de vraies toilettes (remarque, j’aurais peur qu’il tombe dedans !), mais également d’uriner dans la nature, façon « guerre des boutons », le pitoulek à l’air. Ce qui nous oblige (CQFD) à trimbaler le-dit pot en plastique dès qu’on sort à plus de 5 km de chez nous. La classe.

Nous voilà justement, tout guillerets, en route pour le « pak d’attaktion » (« parc d’attractions », pour les non-billingues en Mogwaï) Z’amour, Mogwaï et moi. On y rejoint des amis et leur fille Nénette (2 ans et demi), la copine de Mogwaï. Arrive l’heure fatidique du pique-nique. Et qui dit ingestion, dit fatalement digestion, voire expulsion. Pour parer à toute éventualité, Z’amour a eu l’éclair de génie d’apporter le pot en plastique Winnie en même temps que le pique-nique. A peine installés dans l’herbe fraîche, sur un tapis de fleurs sauvages, Mogwaï s’est dépêché de réclamer la bête, et s’est mis sans complexe à déguster son sandwich au jambon, les fesses à l’air, sur son trône de fortune. Louis XIV peut aller se rhabiller. C’est trop la classe.

Heureusement qu’on s’est installés un peu à l’écart, me dis-je. Z’amour et moi échangeons un petit sourire gêné avec nos amis, dont la Nénette se tient, assise dans l’herbe, gracieuse, et réclame les vrais « toilettes » comme une parfaite lady.

Fatalement, ce qui devait arriver arrive. Mogwai se concentre, devient rouge…

Putain il pousse, et on n’est même pas au dessert.

Une charmante odeur me prévient que l’irréparable s’est produit : un beau caca bien moulé a atterri dans le pot, comme ne manque pas de me le faire remarquer Mogwaï 10 secondes plus tard en se levant, triomphant, tel Obama en plein meeting démocrate, et en hurlant « ça y est, zé fait caca ! ». Re-petits sourires à nos amis. Par bonheur, très vite absorbé par la nature environnante, Mogwaï oublie de les faire profiter de ses miasmes intestinaux, et de leur fiche le pot sous le nez pour recueillir leurs chaudes félicitations.

Je suis une femme moderne, glamour, classe en toute circonstance. C’est en tout cas ce dont j’essaie de me persuader, en me saisissant bravement du pot rempli d’urine et dans lequel flotte artistiquement un bel étron. Ok. Maintenant, faut se débarrasser du cadavre.

Je jette un œil alentour. Impossible de faire ça discrètement. Il y a de plus en plus de monde autour de nous, et je commence à me faire grave repérer avec la tronche de Winnie l’ourson en orange pétard sur ce foutu pot. Ok, prenons un air dégagé, une petite mine de rien, et marchons d’un pas souple vers ce qui pourrait ressembler à des toilettes publiques. Souple, souple, Plume… Discipline olympique de la mère parfaite, le 100 mètres-pot, médaille d’or à la clef. Pas sur mes chaussures neuves, pas sur mes chaussures neuves…

Ouf, j’arrive à la cahute des toilettes. Horreur ! D’Artagnan surgit devant moi ! Le pot tangue dangereusement devant son épée qui me glace d’effroi. Oups, pardon monsieur. D’Artagnan me toise, aussi effrayé que moi lorsqu’il aperçoit le contenu fatal de mon pot. Sourire gêné de l’intermittent du spectacle. Il a un combat à livrer contre le chevalier noir ! Bon enfin, c’est le spectacle de 15 heures, quoi, à côté des trampolines. Je tente un timide « les toilettes, s’il vous plaît ? » Par là, mademoiselle. ‘tain de merde, voilà que je cause à un d’Artagnan beau comme un Dieu, un étron à la main. C’est trop moche.

Je vide Winnie dans les toilettes sous l’oeil amusé et compatissant des mamans. Elles aussi, elles savent que c’est pas tous les jours fastoche d’être une femme glamour quand on a un Mogwaï de 2 ans et demi. Et je tire la chasse-d’eau, non sans un déchirant « goodbye old body »…

Allez, un p’tit coup de rouge à lèvre, vite vite. Faudrait pas que Mogwaï rate d’Artagnan et le chevalier noir.               

Et voilà, les vacances sont officiellement terminées. Aujourd’hui, des millions de jeunes élèves vont retourner en classe. Mogwaï, déjà grand mais encore trop petit, y échappe cette année (et je prends déjà un sacré coup de vieux à l’idée de lui acheter un cartable dans à peine un an !)

Nous mêmes, humbles scénaristes, allons gaiement retrouver le chemin de l’école. Enfin… de la cour d’école. Ben oui, qu’est-ce que le monde des scénaristes, si ce n’est une belle et grande cour de récré ?

On y retrouve nos copains scénaristes, nos ennemis jurés, nos amoureu(ses) potentiel(les), nos instits aimés ou détestés (les producteurs, les diffuseurs). On va encore bien s’amuser cette année !

 

Jeu numéro 1 dans la cour de récré : faire flipper les petits nouveaux

- Ah t’as ce gros con d’Hervé comme prod cette année ? T’as trop pas de bol ! L’année dernière, Sophie l’avait, ça a été l’horreur ! C’est un vrai sadique !

 

Jeu numéro 2 : dire du mal de ses ennemis

-T’as vu la série de cet enfoiré de Jean-Pierre ? Non ? Ben t’es pas le seul ! 8% de PDM, ça c’est la classe !

 

Jeu numéro 3 : se prendre pour un agent secret

- Bon, je te le dis mais c’est top secret !! Cette chaîne a un accord en sous-main pour développer une série polar feuilletonnante en aveugle, avec trois producteurs seulement. Bon, je te donne leur nom, mais c’est ultra-confidentiel, tu le répètes à personne, hein ?

 

Jeu numéro 4 (avec un ennemi) : lui faire gober n’importe quoi

- Si, si je te jure ! TF1 va se mettre aux 26 minutes, c’est confirmé. Il paraît aussi que Dédé a-do-re le gratin d’aubergines. Ben, ça peut servir de le savoir.

 

Jeu numéro 5 (avec tout le monde, bientôt discipline olympique du scénariste) : épater la galerie

- Je suis un peu débordée en ce moment. J’ai une demi-douzaine de projets en cours. Ouais, c’est pas mal… Une série de commande pour France 3 (j’ai juste 10 concurrents), un unitaire quasi vendu (tu parles), un projet perso hyper novateur (tellement novateur que même le fond d’innovation en voudrait pas), et deux séries (un format court payé que dalle, et un truc qui me fait royalement suer).

 

Dans notre cour de récré, on ragote sur les fayots.

- Tu sais que Cécile a invité Dédé à dîner chez elle, trois semaines après qu’il soit arrivé à TF1 ? C’est bizarre, son projet vient d’être acheté…

 

Dans notre cour de récré, on a des amis à la vie à la mort.

- Ah tu bosses avec David ? Ah bon, tu trouves que son boulot n’est pas terrible ? (merde, David c’est un pote). Heu mais tu sais, il a eu des problèmes personnels ces derniers temps… Ouais ouais, je peux pas trop t’en parler là, mais bon c’était chaud pour lui.

 

Dans notre cour de récré, on se remonte le moral, parce que l’amitié, c’est sacré.

- Ah les vaches, ils ont arrêté ta série ! Tu sais, c’était vraiment bien ce que vous aviez fait.

 

Dans notre cour de récré, on a aussi une tête de turc.

- Ah ah, Henri, c’est le genre de type qui pense que Final Draft, c’est un film d’action avec Bruce Willis !

 

Dans notre cour de récré, on se fait les yeux doux.

- J’aime beaucoup ton univers. J’adorerais qu’on écrive ensemble un jour…

 

Dans notre cour de récré, on se chamaille.

-Pourquoi le prod, il t’appelle toi, et pas moi ? On l’écrit à deux ce scénario, non ?

 

Dans notre cour de récré, on se bagarre.

-Quoi tu veux 30% des droits de diff ? Et pourquoi pas cent balles et un mars ?

 

Dans notre cour de récré, on apprend aussi les dures réalités de la vie et la trahison.

- Quoi ? Tu développes une série sur la mafia albanaise avec ce producteur ? C’est pas vrai ?! Figure-toi que je développe une série sur la mafia croate avec lui ! Ah l’enfoiré !

 

Dans notre cour de récré, on se lance des marrons et « c’est celui qui dit qui y est ».

Et quand la sonnerie retentit, on retourne sagement à nos ordinateurs réinventer le monde avec nos yeux d’enfants.

 

Demain, je pars enfin en vacances.

Déjà trois semaines que Mogwaï, Z’amour et moi sommes dans les starting blocks. A donf. 

Direction : le paradis. Une presqu’île presque déserte, une forêt de landes, des vélos, le bruit des vagues, une maison chaleureuse, des copains pour nous y tenir compagnie, des apéros sous les étoiles. What else ?

La scénariste que je suis ne peux pourtant s’empêcher d’être un peu anxieuse. Et si la maison s’avérait infestée de cafard et bruyante ? Et si nos potes annulaient à la dernière minute ? Et s’il faisait moche comme tout ? Et si les moustiques nous bouffaient pendant l’apéro ? Et si Mogwaï attrapait la varicelle ? Et si je me cassais une main en faisant du vélo ? Et si ?… bref… Non, la vie de scénariste n’est pas de tout repos… 

Et bien sûr, pas question de partir sans un bon vieux portable sous le coude. Ben oui, passé les trois premiers jours et leur effet relaxant, la thérapie se retournerait bien vite contre moi. Un mois entier sans écrire ! Rhaaa l’horreur ! Me voilà donc, projetant de finir le plan de mon roman à l’ombre d’un pin centenaire, dans la douce chaleur de l’après-midi (à l’heure où le fauve Mogwaï fait sa sieste).

Et promis, je reviendrai vous dire si tout cela n’était qu’un rêve… ou bien mieux !

D’ici là, bonnes vacances à tous !

Tu es ma came,
Ma toxique, ma volupté suprême,
Mon rendez vous chéri et mon abîme
Tu fais rire au plus doux de mon âme

Tu es ma came
Tu es mon genre de délice, de programme
Je t’aspire, je t’expire et je me pâme
Je t’attends comme on attend la manne

Tu es ma came
J’aime tes yeux, tes cheveux, ton arôme
Viens donc la que je te goûte que je te fume
Tu es mon bel amour, mon anagramme

Tu es ma came
Plus mortelle que l’héroïne afghane
Plus dangereux que la blanche colombienne
Tu es ma solution à mon doux problème

Tu es ma came
A toi tous mes soupirs, mes poèmes
Pour toi toutes mes prières c’est la lune
A toi ma disgrâce et ma fortune

tu es ma came
Quand tu pars c’est l’enfer et ses flamme
toute ma vie, toute ma peau te réclame
on dirait que tu coules dans mes veines

je te veux jusqu’à en vendre l’âme
à tes pieds je dépose mes armes
Tu es ma came
Tu es ma came


Oh putain le bad trip…

La coke est pas terrible cette année, non ?

Le monde des scénaristes se divisent en deux.

D’un côté la « vieille » génération, qui a tapé ses premiers scénarios sur une bonne vieille Remington, à deux doigts, le papier correcteur à la main, en priant Dieu et ses saints que les tiges ne s’emmêlent pas trop, et n’aillent pas lamentablement mourir en un pâté d’encre immonde. De l’autre, la « très jeune » génération, celle qui est née avec un clavier d’ordinateur sans fil greffé aux appendices manuels.

Les premiers se repèrent facilement. Ce sont eux que la Ligue des Droits du Clavier dénonce sans relâche pour mauvais traitement, vu qu’ils tapent comme des malades, que dis-je, comme des bûcherons, bref comme si leur vie en dépendait, sur les touches délicates de leur macbook (toujours à deux doigts, off course).

Les seconds se repèrent aussi facilement. Ils ont un i-phone vissé à l’oreille, manient Final Draft comme personne et connaissent déjà l’intégralité des composants et la date de sortie des prochains notebook de chez Asus ou MSI, vu qu’ils ont acheté l’ancienne version il y a juste un mois mais qu’elle est déjà obsolète.

Vous aurez compris, Plume navigue entre deux eaux. Fascinée par les technologies modernes qui font qu’un dir de coll peut quasiment recevoir votre scénario en temps réel  sur son i-phone, effrayée par l’idée qu’il faudra bientôt me maquiller tous les jours, dès lors que je skyperais avec mes co-auteurs, mes producteurs ou mon agent, sous peine de leur causer des attaques lorsqu’ils verront en direct ma tête de zombie anémique.

La plupart des scénaristes naviguent, comme moi, entre deux eaux. Mais, il faut bien l’avouer, beaucoup sont des « geek men ». Et néanmoins, on rencontre parfois des ovnis…

Réunion de travail avec mes co-auteurs. Nous accueillons gentiment un nouveau venu, dont les cheveux blancs, l’allure, et la distinction (d’une autre époque) nous font pourtant nous demander à quel siècle il appartient. Notre productrice nous apprend que Robert a un cv long comme le bras. Nous regardons avec respect et curiosité ce vénérable ancêtre qui a dû écrire des tonnes de Thierry la Fronde et de Châteauvallons. Mais bon, on a quand même envie de lui dire qu’à son âge, il devrait profiter de la retraite, aller planter des choux ou des topinambours, que « travailler plus » c’est bien beau, mais qu’à un moment faut aussi savoir « travailler moins pour s’arrêter plus ».

Robert nous explique gentiment qu’il n’a pas Internet (pas pratique) ni de téléphone portable d’ailleurs (pas nécessaire). Nous n’osons pas lui demander s’il a un ordinateur pour taper ses scénarios. Peut-être qu’il les écrit à la plume, éclairé d’une simple et écologique bougie ? Je vois la tête de notre directeur d’écriture s’allonger à vue d’œil. C’est que ça va être commode pour les rendus de textes…

Je rentre chez moi, sarcastique, ironique, prête à raconter l’anecdote à tous mes potes scénaristes. Un petit mail du soir (espoir), tiens…

Merde. Panne d’électricité.

Plus d’Internet, plus d’ordinateur, plus de téléphone. Plus de portable non plus, il est déchargé ! Fuck, j’ai un texte à rendre pour demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne.

EDF m’a tuer… C’est Robert qui doit rigoler. 

La prochaine fois, faudra que je pense à lui emprunter une plume ou deux et du parchemin…