16h50. Il me reste environ 8 heures pour trouver mes bonnes résolutions de l’année 2009. Faut pas traîner.

Alors euh…

1- M’inscrire aux « EBA », les « e-bayeurs anonymes » et tenter la désintox. Si ça marche pas, tenter la méthode forte : cure en centre de désintoxication, sans Internet pendant 1 mois (mais je sais pas si je survivrai)

2- Apprendre au chat à se servir des croquettes toute seule et à ouvrir la porte du jardin toute seule. Ça fera au moins 20 minutes de temps de travail gagné par jour. Comme ça je pourrais faire un tour sur e-b… ah non merde ça marche plus. Comme ça je pourrais prendre le temps de lire le Monde Diplomatique, histoire de me cultiver un peu.

3- M’abonner au Monde Diplomatique, même si leur format est super chiant à lire, tu fais suer tes voisins dans le train et tu t’arraches les yeux, mais c’est pour la bonne cause (voir juste avant).

4- Refaire du sport. Non pas celui en chambre, l’autre (enfin celui-là aussi) C’est bon pour le coeur y paraît.

5- Mater enfin Ugly Betty, depuis le temps que je dois le faire, mais j’y peux rien, la couv est tellement repoussante que j’ai tendance à repousser le truc.

6- Apprendre à Z’amour à pas mettre de la terre partout quand il rentre du jardin. Ouais. Bon, je sais, ça va être le plus dur.

7- Apprendre à Mogwaï à se laver les cheveux tout seul et à se les rincer… Nan je déconne !

8-répondre à la tonne de mails en retard qui s’accumule sur ma messagerie, envoyer de cadeaux de naissance avant les 2 ans des enfants, démonter les plaques de la hotte et les mettre au lave-vaisselle… Putain ! C’est chiant cette liste en fait !

9- Cultiver un petit plant de Canna au jardin. Ben quoi ? J’ai un grand jardin ! C’est pour faire des chemises en chanvre ! Là ça me plaît plus, oui.

10- Partir en vacances plus souvent, ouais même si je dois prendre Z’amour en otage avec les valises.

11- Arriver à l’heure chez la Nounou de Mogwaï, non parce que vraiment c’est terrible d’être toujours 5 minutes en retard, et qu’est-ce que ça sera quand il ira à l’école et… MERDE !!!!!!! Mogwaï ! Je suis à la bourre !…

HAPPY 2009 !!!!!!!!!!

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9h34  devant e-bay : oh trop belle ! Une écharpe la Fée Maraboutée. Elle est génial ! Prix de départ : 2 euros. Impecc, j’enchéris ! Clic.

Travaille… Travaille…

10h08 devant e-bay : hé, tiens, si je trouvais un puzzle pour Schtroumpf, mon neveu, ça devrait lui plaire. Allez zou ! Je tape « puzzle ».  Un puzzle avec des « pirates » même. Ouais top ! 5 pages de puzzles, ok bon faut que je regarde tout…

Travaille…Travaille…

10h45 devant e-bay : au fait, j’ai même pas regardé où en étaient mes ventes ! Alors… mon top à fleurs est à 2,5 euros, et mon manteau Manoukian à 10 euros. Bof pas terrible. ‘tain les gens y pourraient faire un effort quand même ! C’est la crise, ok mais c’est Noël !

Travaille… Travaille…

11h34 devant e-bay : merde, ya un con qui a surenchéri sur mon écharpe ! 5 euros ! La vache. Bon je mets 8, ça fait cher l’écharpe mais tant pis.

12h56 : oui Z’amour ! Oui euh j’arrive, je suis sur une enchère là !

14h15 sur e-bay : Mais c’est pas vrai ça, mon manteau décolle pas ! tibidip tibidip allô Caro ? Tu veux pas me mettre une enchère sur mon manteau là. Nan mais d’habitude c’est pas mon style hein, je te jure. Mais bon là, un manteau Manoukian ! S’il part à 10 euros, j’aurais trop les boules ! Oh génial t’es chou ! Bisous !

Travaille… Travaille…

15h57 devant e-bay : « Mettez en vente vos cadeaux de Noël » eh pas con ! « frais d’insertions gratuits » Oh trop cool ! Alors euh, qu’est-ce que je pourrais vendre ? Cherche… Cherche… Mon vieux portable ? Nan, c’est nase… un dvd de dirty dancing ? Trop nul. Cherche… Cherche encore… Ah ! Voilà le cadeau de Tante Adèle : un magnifique tableau de noeuds marins (immonde !!) Alors vas-y pour l’annonce : « vends magnifique tableaux d’Art contemporain avec vrais noeuds dedans », ça va faire un malheur !

16h37 devant e-bay : putain mais c’est pas vrai ça ! Le gros con a surenchéri sur MON écharpe ! 10 euros ! Trou de balle ! Tiens et prend ça ! 22 euros ! Alors ? Hein ! On fait moins le mariole !

Travaille… Travaille…

17h45 sur e-bay :  Fin de la vente « écharpe Fée Maraboutée » dans 3 minutes. Bon je vérifie quand même on sait ja… SALOPARD !!!! Il a surenchéri dans les dernières minutes !!! 25 euros ! Enfoiré de ta mère.

Ah ok, tu veux jouer à ça ? Alors attends… attends… 2 minutes restantes… Patience Plume, patience….

1 minutes restante…. C’est bon commence à taper ton enchère mais ne la valide pas encore.

30 secondes restantes. Adrénaline à fond… Suspens insoutenable.

CLIC. 8 secondes restantes…

« Félicitations, vous avez remporté l’objet « écharpe Fée Maraboutée » pour… 45 euros. Ouaiiiis ! Je t’ai nické, je t’ai nické ! Comment je l’ai nické dans les dernières secondes !!! Trop forte la meuf !!!!

Mogwaï en extase devant un cerf en peluche qui beugle de sa grosse voix :

« We wish you a merry christmaaas, we wish you a merry christmaaas, we wish you a merry christmaaas, and happy new yeaaaaar !!!!!! »


Et Mogwaï de hurler, extatique :

« Merry Couscous !!!!! »

       Bonjour ma p’tite dame !

       Ah bonjour monsieur le plombier. Je ne vous attendais plus.

       Ah oui désolé du retard, j’ai eu un problème de surchauffe du percolateur thermique à induction chez une cliente, je pouvais pas la laisser tomber, voyez…

       Ah ben oui bien sûr… (‘tain ça a l’air grave, le pauvre)

       Alors c’est ce radiateur là pour le changement de robinet ?

       Non, c’est dans la pièce du fond, je vous montre.

 

Un peu plus tard.

 

Scratchh ! Scrittch ! Vissssse ! Dévissssse ! Bang bang !

 

       Alors comme ça vous êtes scénariste ? C’est super !

       Ben oui, c’est chouette.

       Moi je connais un peu ce milieu…

       Ah bon ?

       Ben ouais j’ai fait de la figu.

       Ah, sur quel film ?

       Oh ben c’était y a vingt ans, je me souviens plus du titre. Mais ils voulaient même me filer une promo, me faire dire quelques répliques, passer « figurant professionnel » quoi ! Je devais jouer un flic !

       Ah super !

       Ouais mais y a un type qui m’a chouré le rôle. Juste parce qu’il connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un, le piston quoi ! Le mec, il voulait percer là-dedans, vous comprenez.

       Ah pas cool. Bon ben faut que je vous laisse, j’ai un scénario à écrire.

       Pas de problème ma p’tite dame. Faut sauver la fiction française, hein ! Moi tous ces « Experts » à la noix là, les Miami, les New York là, ça me casse les c…

       A tout à l’heure !

 

Un peu plus tard.

 

Schpang ! Merde ! Bloub bloub bloub ! Gicle ! Gicle ! Gicle grave même !

 

– Euh ma p’tite dame ! Vous pouvez couper l’eau ? VOUS POUVEZ COUPER L’EAU ?!!!!

(Enregistre ton texte Plume, enregistre !) Hein ? Pardon, je vous ai pas entendu ? (c’est ça d’habiter un palace)

 

Bloub Bloub ! Gicle ! Gicle plus trop ! Giclôte ! Blib blib !

 

Non rien. (tain de merde, je suis trempé ! En plus je lui ai salopé ses rideaux à la bourgeoise… Saloperie de cran de butée ! Et cette scribouillarde de mes deux qui sait pas fermer une vanne… Putain de métier ! J’aurais dû rester figurant…) 

Demain c’est l’examen du projet de loi sur l’audiovisuel à l’Assemblée Nationale. Ni plus ni moins que la mort programmée du service public.

Le Syndicat des Producteurs Indépendants explique assez bien la situation ici.

Depuis le 8 janvier, France télévision est en crise. Une crise majeure qui touche de nombreux secteurs dont celui du scénario. Concrètement, France 2 et France 3 rechignent à investir dans de nouveaux projets puisqu’elles ignorent complètement comment elles pourront les financer. Pire, elles arrêtent aussi la production de films ou de séries en développement.

Qui dit pénurie d’achat, dit chômage technique pour beaucoup de scénaristes, arrêt de projets à divers stades, dépressions, voire suicides. (ah ah, vous faites moins les marioles hein, messieurs les députés !! »)

Sarkozy est en train de tuer le service public alors…

Manif le 25 novembre ! Rdv à 12h près de la Tour Eiffel, av. Gustave Eiffel 75007 Paris
métro : Bir Hakeim (ligne 6)
rer : Champ de Mars (ligne C)

Faites passer l’info pour les parisiens et les autres c’est important de…

PUTAIN PLUME, ton post il est pas drôle !!!!!!

Ah fuck fuck, pas drôle. Ben je suis pas Stéphane Guillon moi, c’est pas fastoche de faire marrer avec des trucs pas marrants, genre petits leucémiques et grabataires.

Bon alors pour résumer, c’est la merde : on risque de perdre notre patrimoine national :

loulou

Non, « on s’en fout pas » madame ! Je suis désolée !

D’abord parce que la moustache c’est hyper sexy, et pis parce que tuer FT, c’est aussi tuer ça :

images

et ça :

maman-est-folle

et ça :

nolande

et ça :

un-gars-une-fille

ou encore ça :

fais-pas-ci

et aussi ça :

le-floch

Et nous interdire d’arriver un jour à créer des choses aussi chouettes que ça :

bougons

Alors, on peut nous foutre au chômage, exterminer la fiction française publique et condamner à vie le téléspectateur à ne voir QUE ça :

experts

Ouais, c’est possible…

Mais bon… ça vaut peut-être le coup de prendre son bonnet péruvien et d’aller se geler les fesses sous la tour Eiffel…

 

Petit déjeuner avec Mogwaï. Nicolas Demorand et Roselyne Bachelot en fond sonore.

J’ai rebooté avec peine mon cerveau qui fonctionne en mode éco.

 

-Tu veux une tartine Mogwaï ?

 

Imperturbable, Roselyne évoque son projet de loi de modernisation du système de santé. Mogwaï, concentré, fait voler en l’air un bout de banane.

 

– C’est Ophélia la sorcière avec ses cheveux poilus qui arrive sur son balais …

 

Je renonce à ma mission nourricière. 

Soudain Roselyne lâche la phrase fatidique.

 

– « Et le projet inclut l’interdiction des open bar… » 

 

Mon cerveau se réveille d’un coup.

 

– Quoi ?! Ah non Roselyne, tu peux pas faire ça ! Comment on fera à Scénaristes en séries ? Tu peux pas interdire les open bars !

 

Mogwaï me relaye, outré.

 

– Tais-toi la dame ! Tu peux pas terdire les lopanbars ! 

 

Roselyne se tait. Mogwaï, ravi que sa diatribe ait porté, me sourit de toutes ses dents (10 et demi).

 

– Méchante la dame ! La dame lé au coin ! 

 

Il prend un temps de réflexion. Je prie, en vain, pour que la question fatidique ne sorte pas… 

 

– C’est quoi lopanbar ?

 

Et merde. Bon après tout, faut bien lui apprendre la vie.

 

-C’est quand les gens boivent de l’alcool, mon coeur.

-C’est de la bière ?

 

Boudiou. Il a drôlement bien retenu son dernier cours d’oenologie.

 

-Euh oui, si on veut.

-Quand je serai grand, je pourra lopanbar ?

 

Gloups. Images de Mogwaï avalant d’un trait une tequila frappée. 

 

Dieu sait que ça me coûte de dire ça mais…

Vas-y Roselyne ! Tu vas tous les niquer !!!

 

Tibidip… Tibidip…Tibidip…

Meuhkeskicepass… ahouaismerderéveil….tagueuleréveil….

Tibidip…Tibidip…

Shlaaaak !

Lundi 20 octobre 7.25 am

Salle de bain

‘tain, c’est qui cette meuf dans le miroir ?

 

 

 

 

 

 

Eh c’est pas drôle ! Je suis où moi ? Plume ?? Pluuuuume ?!!!!

Et poukoi y a David Bowie en fond sonore ?

Oh non.

J’ai compris, je suis dans le coma éthylique et tout ceci est une création mentale de mon moi. Laurent Perrier m’a tiré dessus !

Mais je vais pas mourir, c’est pas mon genre ! Mogwaï a besoin de moi. Il faut que je retourne dans la réalité… Mogwaïïï !!!!!

Flash.

Boîte de nuit Aix les Bains.

« Billie Jean is not my lover

She’s just a girl who claims that I am the one

But the kid is not my son »

 

‘tain je suis de retour dans les années 80 ! Au secours !!!! Mogwaïïïï !!!!!!!

Ouf j’ai encore mon portable. Je peux communiquer avec le monde extérieur.

 

– Allô ? Laurent Perrier ? Je te préviens, euh… je vais te mettre en tôle et je vais retourner dans ma vie, j’ai pas l’intention de rester coincée là pendant 7 ans !

– Ah non madame, ici c’est le service informatique.

– Merde, mon cerveau est out of order. Reboot the brain… reboot the brain bordel !

– Vous avez essayé de l’éteindre et de le rallumer ?

 

Dans mon village, on a un sport national. On appelle ça « les Monstres » (rapport sûrement à ce que ça a de monstrueux pour les pauvres citadins que vous êtes).

Le principe est simple. Deux fois par an, chacun entasse pêle-mêle sur le trottoir les vieilleries dont il ne veut plus, jusqu’à ce qu’un gros camion poubelle passe et embarque le tout dans son ventre d’acier. Jusque là, rien de bien original vous me direz. Ailleurs, on appelle ça les « encombrants » et il n’est guère question d’un quelconque sport là-dedans.

Sauf que chez nous, tout se joue entre le moment où les vieux trucs sont abandonnés sur le trottoir et l’arrivée du camion : on appelle ça « faire les monstres ». Traduction : récupérer le plus de vieilles merdes possibles et imaginables avant l’arrivée du camion poubelle.

Avec ma copine Karine, on ne rate aucun monstre. On en profite un max avant que la municipalité vire total écolo et qu’elle supprime cette vénérable institution, because il faudra aller proprement vider ses ordures à la déchetterie. C’est vrai que la déchetterie, c’est mieux. Sauf que le méchant cerbère de l’entrée, il veut pas que Karine et moi on fouille ses bacs à ordures comme ça, rapport au petit trafic qu’il a instauré avec pleins de gens peu recommandables. Du coup, un jour c’est sûr, on sera privées de vieilles merdes.

Ok, je vois déjà vos têtes ahuries. Quoi, Plume, tu FAIS LES POUBELLES ??!! Mince, attends, on savait pas, on va se cotiser…

Taratata. C’est gentil, mais je n’ai pas encore besoin de casser le livret A de Mogwaï. Non, faire les monstres, c’est surtout un pur sport de bobos (gent féminine, je précise).

Le challenge, c’est de repérer les trucs en super état que les gens jettent parce-que-ça-fait-trente-ans-qu’ils-l’ont-sous-les-yeux et qu’ils ont la flemme de le vendre ou même de chercher à le donner. Et alors là, clac ! On se rue dessus, on le met dans sa cariole, ou dans son sac à dos, ou sous son bras, et on est content. Pourquoi ? Ben, juste parce qu’on a œuvré à quelque chose de Beau et de Grand par ce geste d’anti-consommation primaire. Et accessoirement parce qu’on n’a pas déboursé un centime pour un truc dont, normalement, on aura l’usage.

Quand je dis « sport national », je n’exagère pas. J’en connais qui sont hyper forts : ils font carrément leur shopping aux Monstres, et zou ! Ils revendent sur e-bay ou aux vides-greniers. 100% de bénéfices ! Une véritable économie parallèle.

Le hic, c’est que beaucoup de gens, chez nous, font dans l’économie parallèle. A commencer par les ferrailleurs qui tournent comme des vautours toute la journée pour récupérer les bouts de métal en tout genre.

Parfois le « troc » se fait poliment. Exemple avec Madame Michaux qui sort ses vieilles gouttières pourries sur le trottoir. Un couple s’arrête en voiture et lui demande gentiment s’il peut embarquer ses vieilles gouttières pourries. Madame Michaux les lui donne de bon cœur, trop heureuse de se débarrasser de ces vieux trucs immondes qui traînaient au fond de son jardin.

Mais parfois, ça figth grave. Exemple hier. Avec Karine, on fait la tournée du village, mirettes  grandes ouvertes sur les tas de merdes qui nous entourent. Ouaaaah ! s’exclame Karine y en a plein aujourd’hui ! (Oui euh on a bu un ‘tit punch avant de partir pour se donner du baume au cœur).

J’avise alors un somptueux petit lit en métal, format poupées, juste un peu rouillé. Avec un petit décapage et une nouvelle peinture, Mogwaï sera ravi d’y mettre ses nounours…

Schlach ! Un blaireau de ferrailleur me le choure sous le nez ! Je vois rouge.

 

-Dis-donc môssieur, je l’avais vu avant toi je te ferais dire.

-Hein ?

-Le berceau là. Je l’avais vu d’abord.

-C’est vrai, appuie Karine, elle l’avait vu d’abord, monsieur.

-C’est ça.

 

Malpoli.

 

-T’as pas honte de voler le jouet d’un enfant ?

-Ben, c’est qu’un bout de ferraille.

 

Poète en plus.

 

-T’en as plein dans ton camion, sois cool.

-C’est vrai, soit cool, monsieur, rajoute Karine.

-Eh on n’est pas à Wall Street. C’est mon bout de ferraille, c’est moi qui l’ai dans les mains.

 

Fuck. Salaud. 1m92, 120 kg, qu’est-ce que tu veux que je fasse moi, minuscule crevette du bitume ?

 

C’est alors qu’un papi sort de la maison. C’est lui l’ex-propriétaire du berceau qu’il a lui-même posé là en attendant le camion poubelle. Il a l’air tout frêle, papi. 1m65, 42 kg à tout casser…

Sauf qu’il tient son fusil de chasse dans les mains.

(autre sport national celui-là, rapport aux sangliers dans la forêt, mais c’est une autre histoire). Papi fait un discret signe au ferrailleur avec le dit fusil.

 

-Ce bout de ferraille est le berceau qui m’a vu naître, ducon. C’est moi qui décide à qui je le donne. Et je le donne à la dame. 

 

Bizarrement, le ferrailleur me tend aussitôt le berceau.

 

Karine et moi, on a remercié le papi vite fait et on s’est barrées en courant dès le coin de la rue franchi. Après on a explosées de rire, rapport à la tête de Ducon ferrailleur et du ’tit punch qu’on s’était enfilé avant de partir…

 

Mais après, on s’est dit que c’était peut-être mieux de passer à l’écologie quand même…               

                          « Lever de soleil sur les jardins de Nagasaki »   

 

 

                                            

                       « Impression volatile d’une brume d’automne éphémère « 

 

 

                                                                                                           

                                « Dans la tourmente de Wall street »  

 

 

                                                              

                                          « Monochromie verte »  

 

 

                                     « Fraternité des peuples »    

 

 

               « Les petits poissons daaans l’eau, nageuh nageuh nageuh nageuh na-geuh »

J’ai 32 ans et depuis 32 ans, je lutte contre une évidence qui me bouffe la vie : je ne fais pas mon âge.

 

Contrairement à ce que beaucoup de femmes clament bien fort, faire plus jeune que son âge s’avère souvent handicapant dans le monde cruel de la télé. Si vous avez l’air d’une jeunette, vous êtes vite estampillée « scénariste qui n’a rien vécu » (un truc terrible pour quiconque se targue de créer des personnages forts et crédibles), « trop jeune pour qu’on lui confie un truc important », j’en passe et sûrement de meilleures.

 

A mes tous débuts (j’étais effectivement « jeune ») je faisais le dos rond quand une comédienne connue me découvrait en réunion et s’écriait « oh mais c’est un bébé ! » Aujourd’hui, j’avoue que je déploie une énergie folle à essayer de me vieillir, par tous les moyens possibles et imaginables.

 

Ce matin, j’ai rendez-vous dans une prod. Comme à mon habitude, telle Wonderwoman enfilant son costume de justicière, j’enfile donc mon costume de « femme femme » jupe, chemisier, talons, j’applique un maquillage soigneux, je relève mes cheveux, je mets mes lunettes même si j’en ai pas besoin, et abandonne mes éternels converses (so confortable !) et mon sac Eastpack (qui m’a valu de rester bloquée une demi-heure l’autre jour à l’entrée de France 2 en compagnie de deux charmants videurs qui se demandaient ce que je fichais là au lieu d’être en cours). Ma transformation est telle que parfois Z’amour sursaute quand il me voit débouler ainsi au petit dèj, se demandant une fraction de seconde s’il a bien passé la nuit avec celle qu’il a épousé. Voui voui, c’est bien moi, j’ai-32-ans-je-suis-solide-comme-un-roc-je-suis-hyper-mature-allez-y-signez-en-bas-du-contrat.

 

Je suis en avance, je vais prendre un café. Une serveuse affable m’accueille d’un « Bonjour Mademoiselle !» qui me tire une grimace. Ok baby, tout va bien. J’ai 32 ans, je suis mariée, j’ai un môme, j’ai vécu des tas de truc. Vas-y respire.

 

Mon portable sonne : un renvoi d’appel de mon téléphone fixe. Allô ? « Bonjour » entonne une voix féminine qui semble parler à une débile mentale « tu peux me passer ta maman ? » Oh putain. Le coup bas. Je mets ma main devant le combiné, me râcle la gorge et reprend la pouffiasse. « C’est pour quoi ? reprends-je avec la voix de Dark Vador.

 

J’expédie la pouff, et monte chez mon futur nouveau producteur. La secrétaire m’accueille avec circonspection d’un aimable : « vous êtes la nouvelle stagiaire ? » Zen, Plume, zen. Tu vas pas la tuer, ça va faire mauvais genre sur la moquette de l’entrée.

 

Quelques instants plus tard, mon futur producteur me dévisage en souriant. Il se précipite illico sur mon cv papier, posé sur son bureau. « Vous avez quel âge d’ailleurs ? » lâche-t-il nonchalamment. 32 ans, putain de merde. Non j’ai pas spécialement envie de bosser sur une série d’ado, et oui j’ai aussi écrit des polars glauques et sophistiqués. Je sais, « on dirait pas comme ça ». ’tain c’est pas vrai, si je lui dis que j’ai des relations sexuelles, il va appeler la brigade des mineurs.

 

Je sors exténuée psychologiquement. Je m’engouffre dans le métro. Une jeune femme distribue des tracts ; elle m’en tend un qui me fait sortir les yeux de la tête : « tu as un BEP ? Un CAP ? Un Bac pro ? Tu as moins de 20 ans ? Toi aussi, mise sur un métier d’avenir : la RATP ».

 

Dire qu’il y a plein de foldingues qui se font piquouzer au botox tous les jours…

 

Vivement que j’ai mes premières rides.

zut on est quel jour déjà ?

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