Et voilà, les vacances sont officiellement terminées. Aujourd’hui, des millions de jeunes élèves vont retourner en classe. Mogwaï, déjà grand mais encore trop petit, y échappe cette année (et je prends déjà un sacré coup de vieux à l’idée de lui acheter un cartable dans à peine un an !)
Nous mêmes, humbles scénaristes, allons gaiement retrouver le chemin de l’école. Enfin… de la cour d’école. Ben oui, qu’est-ce que le monde des scénaristes, si ce n’est une belle et grande cour de récré ?
On y retrouve nos copains scénaristes, nos ennemis jurés, nos amoureu(ses) potentiel(les), nos instits aimés ou détestés (les producteurs, les diffuseurs). On va encore bien s’amuser cette année !
Jeu numéro 1 dans la cour de récré : faire flipper les petits nouveaux
– Ah t’as ce gros con d’Hervé comme prod cette année ? T’as trop pas de bol ! L’année dernière, Sophie l’avait, ça a été l’horreur ! C’est un vrai sadique !
Jeu numéro 2 : dire du mal de ses ennemis
-T’as vu la série de cet enfoiré de Jean-Pierre ? Non ? Ben t’es pas le seul ! 8% de PDM, ça c’est la classe !
Jeu numéro 3 : se prendre pour un agent secret
– Bon, je te le dis mais c’est top secret !! Cette chaîne a un accord en sous-main pour développer une série polar feuilletonnante en aveugle, avec trois producteurs seulement. Bon, je te donne leur nom, mais c’est ultra-confidentiel, tu le répètes à personne, hein ?
Jeu numéro 4 (avec un ennemi) : lui faire gober n’importe quoi
– Si, si je te jure ! TF1 va se mettre aux 26 minutes, c’est confirmé. Il paraît aussi que Dédé a-do-re le gratin d’aubergines. Ben, ça peut servir de le savoir.
Jeu numéro 5 (avec tout le monde, bientôt discipline olympique du scénariste) : épater la galerie
– Je suis un peu débordée en ce moment. J’ai une demi-douzaine de projets en cours. Ouais, c’est pas mal… Une série de commande pour France 3 (j’ai juste 10 concurrents), un unitaire quasi vendu (tu parles), un projet perso hyper novateur (tellement novateur que même le fond d’innovation en voudrait pas), et deux séries (un format court payé que dalle, et un truc qui me fait royalement suer).
Dans notre cour de récré, on ragote sur les fayots.
– Tu sais que Cécile a invité Dédé à dîner chez elle, trois semaines après qu’il soit arrivé à TF1 ? C’est bizarre, son projet vient d’être acheté…
Dans notre cour de récré, on a des amis à la vie à la mort.
– Ah tu bosses avec David ? Ah bon, tu trouves que son boulot n’est pas terrible ? (merde, David c’est un pote). Heu mais tu sais, il a eu des problèmes personnels ces derniers temps… Ouais ouais, je peux pas trop t’en parler là, mais bon c’était chaud pour lui.
Dans notre cour de récré, on se remonte le moral, parce que l’amitié, c’est sacré.
– Ah les vaches, ils ont arrêté ta série ! Tu sais, c’était vraiment bien ce que vous aviez fait.
Dans notre cour de récré, on a aussi une tête de turc.
– Ah ah, Henri, c’est le genre de type qui pense que Final Draft, c’est un film d’action avec Bruce Willis !
Dans notre cour de récré, on se fait les yeux doux.
– J’aime beaucoup ton univers. J’adorerais qu’on écrive ensemble un jour…
Dans notre cour de récré, on se chamaille.
-Pourquoi le prod, il t’appelle toi, et pas moi ? On l’écrit à deux ce scénario, non ?
Dans notre cour de récré, on se bagarre.
-Quoi tu veux 30% des droits de diff ? Et pourquoi pas cent balles et un mars ?
Dans notre cour de récré, on apprend aussi les dures réalités de la vie et la trahison.
– Quoi ? Tu développes une série sur la mafia albanaise avec ce producteur ? C’est pas vrai ?! Figure-toi que je développe une série sur la mafia croate avec lui ! Ah l’enfoiré !
Dans notre cour de récré, on se lance des marrons et « c’est celui qui dit qui y est ».
Et quand la sonnerie retentit, on retourne sagement à nos ordinateurs réinventer le monde avec nos yeux d’enfants.