Mogwaï est propre.
Halleluïa ! Mazeltof ! Que la sainte patronne des culs propres soit bénie, mon fils ne met plus de couches. Il arbore désormais fièrement de magnifiques sous-vêtements, imprimés ballons de foot, en déclamant « moi ze mets des slips ! » Pampers et ses 19 euros le paquet peut aller se faire cuire un œuf. Mogwaï est propre.
En contrepartie, il nous fait désormais ses besoins dans un pot en plastique, imprimé Winnie l’ourson. Et le hic, c’est qu’il refuse absolument d’utiliser de vraies toilettes (remarque, j’aurais peur qu’il tombe dedans !), mais également d’uriner dans la nature, façon « guerre des boutons », le pitoulek à l’air. Ce qui nous oblige (CQFD) à trimbaler le-dit pot en plastique dès qu’on sort à plus de 5 km de chez nous. La classe.
Nous voilà justement, tout guillerets, en route pour le « pak d’attaktion » (« parc d’attractions », pour les non-billingues en Mogwaï) Z’amour, Mogwaï et moi. On y rejoint des amis et leur fille Nénette (2 ans et demi), la copine de Mogwaï. Arrive l’heure fatidique du pique-nique. Et qui dit ingestion, dit fatalement digestion, voire expulsion. Pour parer à toute éventualité, Z’amour a eu l’éclair de génie d’apporter le pot en plastique Winnie en même temps que le pique-nique. A peine installés dans l’herbe fraîche, sur un tapis de fleurs sauvages, Mogwaï s’est dépêché de réclamer la bête, et s’est mis sans complexe à déguster son sandwich au jambon, les fesses à l’air, sur son trône de fortune. Louis XIV peut aller se rhabiller. C’est trop la classe.
Heureusement qu’on s’est installés un peu à l’écart, me dis-je. Z’amour et moi échangeons un petit sourire gêné avec nos amis, dont la Nénette se tient, assise dans l’herbe, gracieuse, et réclame les vrais « toilettes » comme une parfaite lady.
Fatalement, ce qui devait arriver arrive. Mogwai se concentre, devient rouge…
Putain il pousse, et on n’est même pas au dessert.
Une charmante odeur me prévient que l’irréparable s’est produit : un beau caca bien moulé a atterri dans le pot, comme ne manque pas de me le faire remarquer Mogwaï 10 secondes plus tard en se levant, triomphant, tel Obama en plein meeting démocrate, et en hurlant « ça y est, zé fait caca ! ». Re-petits sourires à nos amis. Par bonheur, très vite absorbé par la nature environnante, Mogwaï oublie de les faire profiter de ses miasmes intestinaux, et de leur fiche le pot sous le nez pour recueillir leurs chaudes félicitations.
Je suis une femme moderne, glamour, classe en toute circonstance. C’est en tout cas ce dont j’essaie de me persuader, en me saisissant bravement du pot rempli d’urine et dans lequel flotte artistiquement un bel étron. Ok. Maintenant, faut se débarrasser du cadavre.
Je jette un œil alentour. Impossible de faire ça discrètement. Il y a de plus en plus de monde autour de nous, et je commence à me faire grave repérer avec la tronche de Winnie l’ourson en orange pétard sur ce foutu pot. Ok, prenons un air dégagé, une petite mine de rien, et marchons d’un pas souple vers ce qui pourrait ressembler à des toilettes publiques. Souple, souple, Plume… Discipline olympique de la mère parfaite, le 100 mètres-pot, médaille d’or à la clef. Pas sur mes chaussures neuves, pas sur mes chaussures neuves…
Ouf, j’arrive à la cahute des toilettes. Horreur ! D’Artagnan surgit devant moi ! Le pot tangue dangereusement devant son épée qui me glace d’effroi. Oups, pardon monsieur. D’Artagnan me toise, aussi effrayé que moi lorsqu’il aperçoit le contenu fatal de mon pot. Sourire gêné de l’intermittent du spectacle. Il a un combat à livrer contre le chevalier noir ! Bon enfin, c’est le spectacle de 15 heures, quoi, à côté des trampolines. Je tente un timide « les toilettes, s’il vous plaît ? » Par là, mademoiselle. ‘tain de merde, voilà que je cause à un d’Artagnan beau comme un Dieu, un étron à la main. C’est trop moche.
Je vide Winnie dans les toilettes sous l’oeil amusé et compatissant des mamans. Elles aussi, elles savent que c’est pas tous les jours fastoche d’être une femme glamour quand on a un Mogwaï de 2 ans et demi. Et je tire la chasse-d’eau, non sans un déchirant « goodbye old body »…
Allez, un p’tit coup de rouge à lèvre, vite vite. Faudrait pas que Mogwaï rate d’Artagnan et le chevalier noir.