Mogwaï a découvert le merveilleux jeu du « poukoi ? »

Il prend son petit air innocent, fait son œil de velours, et zou ! dès que je m’y attends le moins, il attaque en rafale. Ce qui donne approximativement ceci :

       Lé où Papa ?

       Il est parti faire des courses, mon cœur.

       Poukoi ?

       Parce qu’il y avait plus rien à bouf… à manger dans le frigo.

       Poukoi ?

       Parce qu’on avait tout mangé, pardi.

       Poukoi ?

       Ben… parce qu’il faut manger pour vivre, mon amour.

       Poukoi ?

       (arghh, suis nulle en biologie) euh… parce que tes cellules ont besoin de carburant, un peu comme la soucoupe de Samsam, tu vois ?

       Lé où Samsam ?

Ouf, sauvée.

Du coup, la nuit, je cauchemarde. Je rêve que mes relations professionnelles ont deux ans et demi d’âge mental. Par exemple, Etienne, mon producteur.

 

       (Moi) Là tu vois, le personnage, Eric, se dit « mince, faut absolument que je reconquière ma femme. En attendant, je vais me débrouiller pour saboter son mariage ».

       (Etienne) Poukoi ?

       Parce que comme ça, sa femme sera à nouveau libre, et il pourra la re-séduire.

       Poukoi ?

       Ben parce qu’il s’aperçoit que c’était la femme de sa vie.

       Poukoi ?

       Euh… parce qu’elle le comprenait, il la trouvait chiante et tout, mais en fait il était un peu maso. Et puis, elle lui faisait super bien les œufs à la coque.

       Poukoi ?

       Parce qu’elle les faisait cuire exactement comme il faut, et ça c’est hyper dur.

       Poukoi ?

       Ben parce que faut doser le poids de l’œuf et adapter en fonction les 3 minutes fatidiques. T’as jamais cuit des œufs à la coque ? 

 

Aaaah ! Réveil en sursaut ! Cœur qui palpite, je me retourne, et me rendors. Je cause avec Lise.

 

       Lise, t’as des nouvelles de la série de Jipé. Elle se fait finalement ?

       Poukoi ?

       Ben parce que ça avait l’air sympa, j’aurais bien travaillé dessus.

       Poukoi ?

       Heu… ben pour gagner de l’argent. Tu sais, les trucs en papier bizarre avec des têtes dessus.

       Poukoi ?

       Je sais pas pourquoi y a des têtes bizarres dessus. C’est pour décorer. C’est vrai qu’une tête, c’est décoratif. Moi-même j’en ai une au-dessus de ma cheminée.

       Poukoi ?

       Parce qu’au-dessus de la porte, c’était moins joli, et puis y avait pas la place.

       Poukoi ?

       Ah on voit que t’es jamais venue chez moi.

       Poukoi ?

 

Re-haaa ! Re-réveil en sursaut. Cœur qui frétille, je fais la crêpe et me rendors. Je cause à Evelyne, une chargée de programme.

 

       Alors comme réalisateur, je voyais bien Robert, qu’est-ce que t’en penses ? Il est bien, non ?

       Poukoi ?

       Ben, je sais pas, il est inventif, moderne, il réfléchit à ce qu’il fait.

       Poukoi ?

       Ben sûrement parce qu’il a un cerveau. Remarque, pour un réal, c’est pas toujours gagné, hein ? Ah ah !

       Poukoi ?

       Heu, non enfin, c’était une blague, une mauvaise blague d’accord. J’avais oublié qu’on pouvait rire de tout mais pas avec n’importe qui.

       Poukoi ?

       Non, enfin, je veux pas dire que t’as pas d’humour Evelyne, hein ! T’en as plein de l’humour, ça se voit tout de suite sur ton visage.

       Poukoi ?

       Euh… parce que t’as la ride de ceux qui rigolent.

       POUKOI ?

       Non non, t’as pas de ride, qu’est-ce que je raconte ! Bon, on le fait ce film ?

       Poukoi ?

 

Enfer. Enfer et damnation. Il est sept heures, je me lève. Mogwaï m’appelle.

 

       Maman ?

       Oui mon cœur, tu dors plus ?

       Non, zé fait un cauchemar.

       Oh zut alors, un cauchemar avec des monstres ?

       Oui.

       Moi aussi.

       (intrigué) T’as rêvé de monstres ?

       Si on veut.

       Poukoi ?…

 

Je me le demande.

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